Quel est notre rôle dans la crise des ressources humaines en santé au Canada?

La grave crise des ressources humaines en santé au Canada frappe de nombreuses professions et a un impact profond sur les soins infirmiers et la médecine. Selon l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, la profession devrait compter environ 60 000 personnes de plus actuellement. Bien qu’il soit difficile de quantifier l’ampleur de la pénurie de médecins, les données de l’Association médicale canadienne révèlent que le Canada compte 2,7 médecins pour 1000 âmes (en incluant les médecins en formation), tandis que la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques se situe à 3,5. Le Canada se classe donc au 29e rang pour son nombre de médecins par tête sur 36 pays.

Les soins primaires sont les plus touchés, car environ 20 % de la population canadienne n’a pas de médecin de famille; cependant, le manque de spécialistes et leur mauvaise répartition créent aussi un grave problème. Dans nos cliniques communautaires ou hôpitaux, le taux d’épuisement professionnel est élevé, exacerbé par la pénurie; il faut y remédier sans tarder.     

Nombre insuffisant de médecins au pays et difficulté d’accès à la formation pour les DIM

Plusieurs facteurs expliquent la pénurie de médecins, dont une tendance à ne pas former un nombre suffisant de médecins pour subvenir aux besoins de la population, la grande difficulté des diplômées et diplômés internationaux en médecine (DIM) d’avoir accès à la formation, à l’examen des titres et au permis d’exercice, et le manque de mobilité des médecins à l’échelle du pays. De plus, en raison de l’augmentation des tâches administratives dans la pratique, de la complexité des cas et des différents modèles de soins intégrés en équipe, les médecins ne sont pas en mesure de prendre en charge autant de cas qu’avant.

Il n’existe pas de solution unique à tous ces problèmes. Par exemple, trois nouvelles facultés de médecine sont mises sur pied au Canada et de nombreuses provinces augmentent le nombre de postes de résidence. Or, même si les nouveaux médecins seront plus nombreux dans les années à venir, il faudra trouver une autre solution en raison du long cycle de formation, de l’école de médecine à la résidence.

Élargir et accélérer les voies d’accès au système canadien

À l’heure actuelle, 25 % des médecins qui exercent au Canada ont obtenu leur diplôme à l’extérieur du pays, et ce pourcentage n’a pas changé depuis plus de 10 ans. Cependant, selon le Conseil médical du Canada, moins de 50 % des 1700 DIM qui ont réussi leurs examens l’an dernier ont trouvé une façon d’avoir accès au système canadien. Le Collège royal travaille de concert avec les ordres des médecins, qui octroient le permis d’exercice dans les provinces et territoires, ainsi qu’avec Santé Canada pour remédier à la situation.


Le Collège royal offre aux DIM trois principales voies d’accès, qui, actuellement, sont modifiées ou élargies :

  1. La Route d’évaluation par la pratique (REP) s’adresse aux médecins qui ont suivi à l’extérieur du pays un programme de formation pratiquement équivalent à celui offert au Canada, qui ont obtenu le certificat dans leur pays d’origine, exercé pendant cinq ans et réussi l’examen du Collège royal. Grâce à la REP, le nombre de personnes admissibles aux examens a beaucoup augmenté; passant de 100 environ par année avant la pandémie, à 350 par année aujourd’hui.  

  2. La voie de compétence approuvée par un organisme membre est destinée aux médecins qui ont suivi leur formation dans l’un des 29 organismes membres qui ont soumis une demande de reconnaissance lors de l’appel lancé de 2000 à 2005. Les DIM peuvent soumettre une demande pour se présenter aux examens du Collège royal. En cas de réussite, il n’est pas nécessaire d’avoir exercé pendant une certaine période pour obtenir le certificat. Grâce à la voie de compétence approuvée par un organisme membre, environ 200 médecins par année deviennent admissibles aux examens. En 2018, le Conseil du Collège royal a recommandé de ne plus offrir cette voie d’accès, car elle ne permettait pas d’assurer un niveau approprié de diversité. Elle a cependant été maintenue en raison de la situation actuelle, l’objectif étant de trouver des façons d’élargir la portée et la diversité des organismes membres reconnus.

  3. L’évaluation de l’aptitude à pratiquer (EAP) s’adresse aux médecins qui ont suivi à l’extérieur du pays un programme de formation pratiquement équivalent à celui offert au Canada et obtenu un permis d’exercice auprès d’un ordre des médecins canadien. Des programmes officiels d’EAP existent depuis plusieurs années en médecine interne et en psychiatrie, mais certains ordres des médecins n’y participent pas. Le Collège royal ne ménage pas les efforts pour élargir les spécialités et les critères de sélection pour l’EAP. Je fournirai d’ailleurs plus de détails sur ces activités dans un prochain message. 

Nous avons réduit le délai de traitement de la plupart des demandes, qui, au départ, était de 6 à 18 mois en moyenne, et aujourd’hui, de 4 à 12 semaines. Je remercie le personnel du Collège royal qui a travaillé extrêmement fort pour que cela soit possible.

La pénurie de médecins spécialistes au Canada préoccupe grandement notre organisation; elle continuera d’explorer de nouvelles façons d’accélérer et d’améliorer ses voies d’accès et processus. J’ai hâte de fournir des renseignements supplémentaires sur nos progrès. 


Brian Hodges est le 47e président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Il est vice-président de l’éducation et médecin en chef au Réseau de santé universitaire de Toronto. Professeur à la Faculté de médecine Temerty de l’Université de Toronto et à la Dalla Lana School of Public Health, ainsi que Senior Fellow au Massey College, le Dr Hodges exerce également la psychiatrie.